samedi 25 février 2012

Pérou #7 - Arequipa / Cuzco

Jeudi 23 février 2012.

Après quelques errements sans gravité pour trouver notre compagnie de bus Andoriña/Taurotour, nous découvrons le bus qui va nous conduire durant toute la journée en direction du Nord-Est vers Cuzco.
Les guichetières Maria et Sylvana hèlent les voyageurs telles des poissonnières. Elles s'émerveillent devant les enfants et me font part de leur rêve de connaître Paris et le Macchu Picchu.
La gare routière est divisée en deux parties, nous avons vu la veille celle des compagnies express, aujourd'hui celles qui selblent plus populaires.
Le ticket coûte deux fois moins cher qu'avec Cruz del Sur.

L'état intérieur du car explique cette différence : sale et poussiéreux, sièges au confort approximatif, fenêtres bloquées.
Nos voisins de voyage sont tous péruviens et leurs volumes de bagages sont aussi redoutables en soute qu'en cabine.
Nous sommes installés au premier étage et voyons tout l'amusant trafic de l'embarquement.

Après l'abracadabrante histoire d'un mendiant à qui l'on aurait dérobé ses affaires dans la matinée, montent successivement des vendeurs de journaux et de repas en barquettes.
Juste avant que les portes ne ferment, nous voilà assaillis par un bonimenteur qui baratinera la foule durant vingt minutes sur l'importance de l'éducation, le système planétaire, Alexandre le Grand et le Pib du Japon. Cet excellent vendeur d'encyclopédie arrivera à en refourguer 10 exemplaires et laissera la place à un marchand de glaces, suivi d'une fromagère, etc...tous les produits comestibles y passent.
Le summum est atteint avec la boucherie qui s'ouvre juste derrière nous. Deux jeunes filles ouvrent leurs ballots dans l'allee centrale et subrepticement, s'installe une odeur abominable. Elles ont des sacs contenant de la viande de chèvre, une planche et une machette.
Durant une demie-heure, elles découpent à la demande, c'est la meilleure vente de la journee.

Les rellents de viande nous retournent le coeur.
Je suis obligée de me coller à une fenêtre pour ne pas exhiber mon petit déjeuner à peine digéré.
Même le paysage de l'Altiplano, herbacées au vent, sur un sol aride, ne parvient pas à me distraire. La grêle est aussi de la fête. A peine 7 degrés dehors.
Cela coïncide par ailleurs à notre altitude la plus haute car nous passons un col à 4300 mètres.
Mal de tête terrible conjugué à une nausée persistante, j'ai envie de sauter du bus et il reste encore 6 heures de route.
Je promets d'être sage la prochaine fois, mais sortez-moi de là.

Alors que l'altitude décroît lentement, et que l'aspirine me sauve de l'étau, les nausées s'atténuent et l'ensemble du bus est gelé par ma faute. Personne n'a osé râler de ma fenêtre constamment entrouverte tellement je suis livide.
A notre grand étonnement, les enfants ont juste noté "ce truc qui pue" mais supportent bien ce trajet fatigant avec des chauffeurs plutôt nerveux.

Je suis enfin en état de faire quelques photos des sommets enneigés qui se reflètent avec poésie dans les rizières.

Nous arrivons enfin à bout de nos peines en posant les sacs à dos en début de soirée à Cuzco.
Nous privatisons un dortoir au Walk on Inn, hôtel perché en haut d'une côte du quartier de San Cristobal.
Le dîner est vite expédié ainsi que le couchage des mini Sakados exténués.









S@lvam's Life



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vendredi 24 février 2012

Perou #6 - Arequipa


Mercredi 22 février 2012.

Nous quittons Fernando à la station de bus de Nazca, pour un départ à 22 heures.
Nous roulons toute la nuit, dans ce bus à étage chauffé avec des sièges inclinables, des couvertures, wifi et hôtesse à bord. Essentiellement pour les touristes au regard du prix du ticket.

L'autocar va directement à Arequipa sans stop intermédiaire. Nous arrivons à destination à 7.30 dans la grande gare routière en périphérie de la ville. Une fois n'est pas coutume, toutes les compagnies se sont regroupées.

Nous prenons un taxi pour nous rendre à notre hôtel la Casa de Melgar.
Etablissement classé trois étoiles, les chambres d'une décoration rustique à l'anciennes s'articulent autour de plusieurs patios. L'étendue du bâtiment rend la connexion wifi capricieuse au même titre que la température de la douche. Les chauffages d'appoint sont facturés 5 dollars la nuit, mesquinerie ou incitation au développement durable ?

Nous réglons d'abord l'intendance : laverie (service ultra rapide, linge rendu séché et plié, prix ridicule au kilo), ravitaillement en soles et en eau, repérage des sites clés.

Arequipa est une ville qui a conservé son architecture coloniale de l'époque hispanique. Le centre appelé Cercado est assurément charmant avec ses pavés et ses murs en pierres volcaniques, parfois recouvertes de chaux ou de couleurs vives.
Le trafic est intense, accentué par les innombrables petits taxis de marque coréenne ou japonaise. Cela klaxonne à tout va.
Et le bruit est renforcé par une manifestation d'ouvrières d'une entreprise exportatrice de fruits. A l'heure du déjeuner, les contestantes stoppent leur marche pour faire chauffer la marmite et toutes se groupent autour de la place d'armes.
Alentour, les enfants nourrissent les pigeons et les locutorios / écrivains publics louent leur talent rédactionnel et leurs antiques Remington.

Nous visitons le monastère de Sainte Catherine, qui abrite 30 nonnes et a ouvert ses portes au public pour permettre sa restauration.
Cette cité religieuse, véritable ville dans la ville, est un petit bijou d'architecture avec ses patios, ruelles, cloîtres avec des fresques murales. On y entend tous les bruits du monde extérieur sans pouvoir y accéder.

Nous découvrons petit à petit la 2eme plus grande ville du pays qui compte près de 1,5 millions d'habitants qui ne sont certainement pas résidents dans le cercado. Celui-ci est dévolu à l'industrie du tourisme : agences de voyages, restaurants, boutiques de souvenirs.
Au fur et à mesure que nous nous éloignons de la place, se révèle l'Arequipa des Péruviens.

Au marché de San Camillo, nous sommes les seuls étrangers.
Les étals de fruits sont superbements garnis, tous les fruits exotiques sont présents (grenade, ananas, papaye, fruit de la passion, mangue, ananas jumbo) et nous découvrons le pepino, un tout petit melon qui ressemble à une tomate blanche.
Nous nous arrêtons devant une citrouille toute fripée appelée ici sapayo.
Les papilles mises en alerte, nous faisons un stop dans une jugeria, stand spécialisé dans les jus de fruits ultra frais car fabriqués à la commande.
Nous restons stupéfaits devant les vitrines des pâtissiers qui proposent des gâteaux tous plus colorés les uns que les autres.

Se promener ici est extrêmement agréable, le centre est propre et les trottoirs sont normalement constitués contrairement à Nazca ou à Pisco.
La température avoisine les quinze degrés et il fait beau le matin, le ciel se couvrant en fin de journée.
La ville est veillée par les hauts sommets enneigés de la cordillère des Andes, le Chachani (6075 m), le Pichu Pichu (5571 m) et le Mitsi (5822 m), volcan encore actif.
Des treks sont proposés aux sportifs qui ne craignent pas le soroche ou mal aïgü des montagnes.

A sa grande surprise, #1 n'a aucune migraine. Traitement homéopathique bénéfique ? (belladonna + borax + glominium le tout en 9 CH, 5 prises de 5 gélules les 5 premiers jours, puis réduire en 3 prises).
Par contre, j'ai mal à la tête et me sens particulièrement ereintée. En l'absence de nausée, je mets cela sur le compte du manque de sommeil depuis plusieurs jours.
Le contre-coup de l'altitude se repère également par une résistance à l'effort amoindrie : accélérer le pas oblige à respirer immédiatement davantage.
Les pharmacies vendent les médicaments par plaque et les pansements par unité.

Nous devons aussi préparer notre trajet d'Arequipa à Cuzco que nous souhaitons faire de jour pour admirer le paysage.
Les compagnies majeures qe nous avons déjà expérimentées voyagent sur cette section uniquement la nuit et il n'est pas facile de s'y retrouver dans la jungle des compagnies de bus.
Par l'intermédiaire de l'agence Exploring South Amercia, nous avons un voucher pour un transfert à la gare routière et 5 places dans un bus de jour quittant Arequipa demain matin. Il nous a été vendu pour 50 soles par personne, prix confirmé par trois employés de l'agence.
En fin de journée, l'un d'entre eux nous contacte à l'hôtel pour nous annoncer que le ticket vaut en fait 60 soles et qu'ils attendent que nous réglions la différence avant d'acheter les tickets.
Je vois rouge, y compris en idiome ibérique et par téléphone et menace d'aller voir la police touristique située à un pâté de maison, non pas pour la minime différence de prix mais pour le principe.
Tant et si bien que deux heures plus tard les billets nous sont livrés par une intermédiaire. En m'annonçant que l'agence a annulé le transfert parce qu'elle a fait un geste commercial, elle se prend le deuxième effet "gare à toi si tu me prends pour une quiche".

L'incident s'arrêtera là car un taxi pour le terminal des bus ne nous ruinera pas mais je ne manquerai pas de me fendre d'un mail aux principaux guides de voyage et d'un avis très négatif sur plusieurs forums.

Nous finissons notre journée par un très bon dîner mexicain faute d'avoir le courage de chercher un restaurant de gastronomie arequipeña. La nuit est fraîche, nous avons sorti les polaires.
Les Ava se couchent le ventre plein de guacamole, et je m'attelle à refaire les sacs en prenant garde à rendre accessibles manteaux et autres vêtements chauds dont nous nous servirons demain à Cuzco - 3800 mètres.
Nous tombons tous comme des mouches avant 22 heures.













S@lvam's Life



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mardi 21 février 2012

Pérou #5 - Nazca

Mardi 21 février 2012.
Lever à 7 heures pour nous rendre à l'aérodrome de Nazca. Le ventre vide pour éviter d'utiliser les sachets prévus dans le Cessna. Et pour les adultes, les boyaux attaqués sournoisement par ce qui s'appellent pudiquement des "dérangements intestinaux".

Les géoglyphes ou lignes de Nazca sont classés au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1984 et ont été découverts au début du 20ème siècle par le développement de l'aviation.
Invisibles par un piéton, les 18 formes peuvent être admirées pour certaines de deux miradors créés pour les moins fortunés, ou d'avion pour ceux qui acceptent de craquer 90 dollars Us pour un vol durant 30 mns.
C'est un des points d'orgue de la région et malgré le prix et l'attente, les touristes se pressent dans les petits coucous.
Comme il n'est pas possible de faire voler tous les avions en même temps, les employés de l'aérodrome diffusent des vidéos explicatives. C'est utile pour se familiariser avec les formes qu'il nous faudra vite reconnaître une fois en l'air.

Pour équilibrer correctement l'avion, nous sommes tous pesés et devons laisser le maximum d'effets personnels à terre.
Le copilote fait la balance entre les deux côtés de l'avion et nous remet un prospectus où est indiqué le plan de vol et repris les 12 figures majeures.

Une littérature abondante donne les théories suivantes (source Wiki) : La civilisation Nazca (-200 à 600 après Jc) a tracé d’immenses séries de figures géométriques ou d’animaux stylisés dans le sol aride. Ces géoglyphes remplissaient probablement une fonction rituelle, peut-être liée au cycle de l'eau dans une région devenant de plus en plus désertique.
Les milliers de dessins dispersés sur environ 3 900 km2 de désert, dans le sud du Pérou, ont été tracés sur un millénaire. Il s'agit surtout de figures naturalistes. Lignes et trapèzes ont été ajoutés plus tard. On ignore encore leur signification et pourquoi ils ont changé au fil du temps. Mais ils jouaient sans doute un rôle capital dans les rituels pour que la pluie tombe sur les Andes et irrigue les champs.
D'après l'archéologue Giuseppe Orefici, les géoglyphes sont dessinés en grattant le sol, dégageant le sol clair des roches sombres. Le climat sec de la région, la nature du terrain et l'absence de végétation font que ces dessins sont toujours visibles aujourd'hui, après 2000 ans.
Une hypothèse récente propose que les géoglyphes auraient pu servir de parcours rituel : les fidèles auraient marché le long du tracé, le parcours en lui-même étant une forme de prière.
On a dénombré plus de 350 de ces dessins, qui représentent soit des formes géométriques, comme des lignes droites ou des spirales, soit des animaux du panthéon nazca.

Bien qu'il ne soit que dix heures, le soleil est déjà haut et il n'est pas toujours évident de repérer rapidement les dessins sans l'aide précieuse du copilote.
Nous survolons d'abord une baleine, puis l'astronaute, puis défilent rapidement tous les motifs les plus renommés dont le colibri et l'arbre.
Les dessins varient entre 50 et 300 mètres de longueur.

Le pilote fait des cercles et incline l'avion fortement afin que chaque passager puisse profiter de son vol. Ca tournicote et cela secoue un peu. Difficile pour SuperPopa de filmer mais pour la photographie, un zoom jusqu'à 300 mm convient pour les dessins, en alternance avec un grand angle 18 mm pour les panoramas. Et pour les puristes, un filtre polarisant pour éviter les reflets.

Nos # 1 et 2 sont un peu malades malgré un sirop contre le mal des transports et #3 doit être aidé pour voir les formes.
La navigation aérienne s'achève par un survol de la Panaméricaine et de la ville.

Nous rentrons à l'hôtel pour y passer la journée à l'ombre du patio, pas assez courageux pour ressortir dans la fournaise pour visiter des canaux d'irrigation ou un cimetière avec des momies.
Pour récupérer du vol, Fernando nous offre son hospitalité, son ordinateur, ses confortables canapés, le chant des perruches et une salle de bain.
Comme à notre habitude, ces pauses permettent aux écoliers de travailler un peu et pour les parents sherpas, c'est le moment de se préoccuper des itinéraires et hébergements pour les 4 prochaines journées.

Déjeuner dans une gargote traditionnelle : bouillon de poulet, poulet grillé et yaourt au poulet. Cherchez l'erreur...en fait les estaminets ne proposent pas de dessert mais offrent un menu à base poisson ou poulet, toujours composé d'un bouillon et d'une friture ou d'une grillade avec riz ou frites, plus une salade et la chicha morada en guise de boisson.
Un couple charmant nous recommande le pollo dorado et nous apprend à reconnaitre les faux billets.

Ensuite, autre rituel des vacances à l'étranger : passage chez la coiffeuse.
Selene, dans sa boutique au sous-sol de la rue principale, propose un 'cambio de look', et le sien n'est pas des plus élégants.
La riche pilosité de ses avant-bras trahit son genre initial. Mais elle/il coupe bien Superpopa et mise en confiance, #1 se lance pour couper les pointes. L'opération se déroule avec moins d'adresse que pour le caballero.
Je rattrape le désastre en lui montrant le bon geste pendant que le reste de la famille regarde des telenovelas où toutes les actrices sont visiblement refaites.
Une ami(e) de la coiffeuse arrive et nous quittons ce nid de transsexuels avant de devoir expliquer aux enfants pourquoi la situation était cocasse.

Fernando nous déposera ce soir pour un bus de nuit en direction d'Arequipa (9 heures et 400 kms) où nous devrions trouver des températures fraîches et une météo bien plus humide à une altitude de 2300 mètres.

En donnant à #1 un traitement homéopathique contre le mal des montagnes depuis plusieurs jours, nous espérons que notre Pocahontas parisienne ne sera pas atteinte du Soroche comme elle a pu en souffrir parfois dans les hautes Pyrénées quand nos randonnées dépassaient les 2000 mètres d'altitude.

¡ Hasta luego !




S@lvam's Life

Pérou #4 - Pisco/Paracas/Nazca

Lundi 20 février 2012.
Le chant du coq me sort d'un court sommeil. Je me lève avec le jour. Il faut chauffer les Sakados pour aller à la découverte des îles Ballestas, réserve maritime située à une trentaine de kilomètres de Pisco.

L'affable Kory est déjà à pied d'oeuvre et entre deux bouchées de pain, elle nous souffle les coordonnées d'un ami hôtelier pour notre prochaine étape.
Elle nous met entre les mains de Dieu et d'un chauffeur qui écoute à la radio où le maire de Pisco se fait incendier par ses concitoyens pour son inefficacité à améliorer leur quotidien.

Nous suivons le littoral qui sert de dépotoir aux déchets de chantier concassés. Quelques panneaux pulicitaires décrépis indiquent la direction de Paracas, perle du Pacifique. Ce bijou maintenant dépoli a été aussi ravagé par le séisme de 2007, et par le raz de marée qui s'en est suivi.
Aujourd'hui, la ville pourrait se résumer à un embarcadère entouré de nombreuses boutiques de souvenirs proposant sacs aux motifs andins et le kitchissime rocher en plastique, surmonté de lions de mer. Et fabriqué en Chine.
L'agence qui nous a vendu l'excursion gardera nos bagages durant la navigation.

Sur notre hors-bord rutilant, 40 touristes de toute provence viennent guetter les mammifères marins protégés dans la réserve naturelle de Paracas.
Les eaux foisonneuses en poissons font de la région un centre de pêche important et participent aux 10 millions de tonnes pêchées annuellement, plaçant ainsi le Pérou en 2de place de la production mondiale. Les bateaux de pêche n'ont évidemment pas le droit de pénètrer dans la zone de protection marine, où seules les compagnies autorisées peuvent faire du cabotage et en aucun cas amarrer.

La première curiosité des îles Ballestas est une figure façonnée par l'homme : le candélabre. À flanc de colline, protégé des vents et de l'érosion, sur 100 mètes de hauteur et la moitié en largeur, ce chandelier ou cactus n'est pas daté.
Trois hypothèses divisent encore sur son origine : parenté avec les lignes de Nazca à l'époque pre-inca, signal de pirates pour indiquer la croix du Sud, ou encore symbole franc-maçonnique.

A un quart d'heure de navigation, le sanctuaire marin est dispersé sur plusieurs îlots dont la blancheur est dûe au guano.
Celui-ci est la production des millions de cormorans, piqueros et autres oiseaux concentrés sur les rochers. La fiente est collectée tous les 8 ans par 150 ouvriers courageux, ramassant ainsi entre 5000 et 7000 tonnes destinées à la fabrication d'engrais organiques.
La teneur riche en sulfates et nitrates rendent le guano précieux et explique l'odeur pestilencielle qui s'en dégage.

La densité ornithologique, couplée à d'innombrabres lions de mers, offre un spectacle incroyable.
Chaque rocher plat, chaque crique abrite les masses brunes se prélassant au soleil ou se disputant un peu d'espace.
Sur une longue plage ensoleillée, femelles et petits se sont amassés. Les bébés appellent leurs mamans dans la foule et celles-ci leurs répondent. Ils prennent parfois des cours de natation en bord de mer, surveillé par les énormes papas qui veillent aux prédateurs. Tout cela se fait dans un vacarme assourdissant, accentué par les piaillements des oiseaux.
Afin de ne pas perturber davantage la faune, le tour des îles s'achève après une heure de bornage et le bateau nous ramène enchantés à terre.

De là, nous récupérons nos sacs pour attendre le bus à destination de Nazca, 185 kms au Sud de notre point actuel.
Parce que les informations locales ont montré la veille un car encastré dans un camion, Kory notre ange gardien de Pisco, nous a réservé des places en milieu de cabine avec la compagnie Cruz del Sur.
Enregistrement des passagers et des bagages, suivi du car en GPS par la centrale, climatisation, sièges inclinables, chauffeurs se relayant durant les longs trajets, toilettes à bord, projection de Dvd, etc...tout est fait pour rassurer et relaxer le voyageur.
Cependant il est parfois difficile de gérer les aléas de la circulation sur des grandes distances, et notre réservation pour un départ à onze heures est annoncée finalement avec deux heures de retard. La compagnie réagit vite en nous faisant prendre le premier bus qui dessert Nazca.

Nous nous installons au confortable second étage pour profiter d'un panorama fantastique. Sable gris et beige, couvercle nuageux très bas, percé par endroits de quelques rayons de soleil.
Ainsi agrémenté, le trajet de 4 heures paraît très court et nous arrivons en milieu d'après-midi.

Fernando, pharmacien à la retraite, est l'heureux propriétaire de l'hôtel Camiluz. Kory de Pisco, nous a recommandé son ami qui est très fier de son référencement dans plusieurs guides de voyage.
Il nous attend à la gare routière pour nous conduire dans son antre coquet, égayé par un agréable patio où chantent plusieurs canaris et perruches.
Nous profitons de la fin d'après midi pour nous y mettre à l'abri des 32 degrés extérieurs.

Collés sous un ventilateur, c'est le moment idéal pour rédiger ces lignes, trier photos/vidéos, et préparer les étapes des prochains jours.
L'Ipad est très bien pour son faible poids et son petit encombrement, mais mon application pour blogger ne permet pas de dimensionner et placer correctement les photos. De plus, la navigation sur des sites nécessitant Flashplayer est impossible. Malgré tout en l'absence de mini Pc, la tablette est une option intéressante complétée par le prêt de Pc dans les hôtels.

Quand la chaleur s'estompe et lorsque le soleil tire sa révérence, nous nous rendons à la place d'armes, élément majeur de l'urbanisme local avec l'inévitable église.
La ferveur latine est réelle : Fernando se signe à chaque passage devant l'édifice religieux, et nous croisons souvent des autels célébrant la Vierge de Guadalupem y compris dans des endroits aussi inattendus que le marché.

Les rues de Nazca sont en pleine rénovation, afin d'y poser des pavés autobloquants. Le centre est donc un vaste chantier plein de poussières. Cela ne décourage pas les badauds qui déambulent avec leurs enfants.

Les vendeurs ambulants pullulent et tout s'achète : livres proposés dans un caddie en guise de boutique, des piles, des tissus...et évidemment de quoi grignoter à toute heure.
Nous élisons une rôtisserie pour le dîner, et c'est l'occasion parfaite pour apprendre les termes espagnols pour désigner cuisses, ailes et blancs.
Nous profitons de la présence d'une vendeuse de fruits pour enfin déguster une mangue fraîche et encore meilleure que les delicieuses mangues José de la Réunion.
A notre retour, Fernando homme galant et parfait businessman a la gentillesse de me féliciter/flatter pour mon niveau de castillan, qui effraierait mes professeurs de lycée. Pour autant, je me débrouille suffisamment pour notre survie quotidienne.

Nous nous couchons tôt après cette dense journée, afin d'être sur le pont demain matin. Objectif : survol des lignes de Nazca.





S@lvam's Life

lundi 20 février 2012

Pérou #3 - Lima / Pisco

Dimanche 19 février 2012.- 6.00.
J'ai gagne un quart d'heure de sommeil par rapport à hier. Mon grand âge supporte moins bien le décalage de six heures que les éléments les plus jeunes de la famille qui l'ont parfaitement bien intégré.

Départ ce matin pour Pisco, ville côtière située au sud de Lima.
Nous attaquons la partie improvisation de notre voyage.
A Paris, happés par le tourbillon quotidien, nous avons eu juste le temps de préparer une feuille de route, dans laquelle sont calées dates approximatives et étapes-clefs. Nous nous appuyons sur les deux guides de voyage leaders du marché et des renseignements pris sur internet. Saupoudrer le tout de rencontres, hasards de la météo et roulent les Sakados.

Après un délicieux petit déjeuner à base de jus de sapotèque, pain arabe et café péruvien tellement fort que j'ai eu l'impression d'avaler le marc...nous quittons notre premier hébergement.
Taxi vers le terminal de bus de la compagnie Soyouz, très connue des routards et de tous les Péruviens.
Sauf celui qui nous conduit, non pas à la gare routière mais en dépose directe à un arrêt sur l'autoroute.

Nous nous dépêtrons de ce malentendu en lui montrant un plan de notre guide avec la localisation du terminal des bus, endroit que notre chauffeur découvre !
Là, l'achat des billets est rapide avec enregistrement des passeports et des bagages. Le prix est différent selon la nationalité avec un tarif réduit pour les jeunes enfants.

C'est parti pour 4 heures de bus afin de parcourir 250 kms vers Pisco, sur la route mythique qu'est la Panaméricaine.
La sortie de la capitale est fastidieuse, les Limeanos vont se divertir le dimanche vers les plages situées à une heure au sud de Lima.
Au péage, s'étalent près de trente marchands de bouées et jeux en plastique si jamais vous avez oubliê le dauphin gonflable.
Je regrette de ne pas être du bon côté de la route, mais le bus est plein comme un oeuf.

A chaque arrêt, que ce soit pour le péage, l'essence ou le recueil de nouveaux passagers, des vendeurs ambulants s'agglutinent sous nos fenêtres. N'ont le droit de monter dans le bus que les vendeurs affiliés de la compagnie qui proposent des sandwichs...au poulet ou des chips de bananes/patates douces/pommes de terre et des douceurs nommées Alfajores (deux délicieux sablés fins accollés par de la confiture de lait), qui se trouvent dans toute l'Amérique latine.
Evidemment, au troisième passage, le palais des gourmands est titillé et la bourse se délie !
Les pauses pipi sont quasi inexistantes, mais Superpopa et moi-même maîtrisons désormais cette situation à haut risque avec enfants, avec une gestion optimisée des vidanges de vessie/objectifs du chauffeur : demander dans combien de minutes ces jeunes gens peuvent se soulager, et au moment crucial, laisser un garde bagages, plus une autre personne à hauteur du chauffeur pour le faire patienter !

Le trajet s'effectue dans un bus propre et confortable, la climatisation n'est pas nécessaire en ouvrant quelques fenêtres. L'inévitable écran télé nous réserve de bonnes surprises, ici pas de Bollywood ou de karaté à fond les hauts parleurs comme en Asie. Le co-pilote fait dans la culture et nous diffuse successivement Les Misérables et Guerre et paix.

Misérable est le qualificatif qui me vient à l'esprit en regardant les habitations à la sortie de Lima. Pas tout à fait des favellas mais des constructions désordonnées dont il est diificile de déterminer si elles sont inachevées ou si elles tombent en ruines. Les premiers étages sont rarement complètement édifiés et les fers à béton dépassent de la dalle haute...

Les premières cultures apparaissent à une trentaine de kilomètres : maïs, pommes de terre. La base de la cuisine locale.
Nous apercevrons ensuite des oliviers, qui se mangent quotidiennement sous forme de tapenade grossière ou en huile mélangée notamment avec le rocoto. Le rocoto est un piment rond comme un petit poivron, dénommé aussi piment pomme ou piment poire. Broyé avec du lait, de l'huile d'olive et de la mie de pain trempée dans du lait, la mixture se nomme salsa rocoto et relève les viandes souvent proposées sans beaucoup de saveur.

Le paysage est rapidement très aride.
A babord, l'océan Pacifique. Peu de monde sur les plages, sauf dans des parties très concentrées qui semblent être des centres de vacances par syndicats ou confédérations. Un havre de luxe aux maisons ultra design attire mon attention. Dans une crique très bien gardée s'est établi un lotissement très privé avec vue imprenable.

A tribord, sur des collines très erodées, sont tracées des parcelles de 50 mètres par 100, avec un apport d'eau et des débuts de constructions dessus. Aucune n'est achevée. Nous croisons des dizaines de villages fantômes. Vision lunaire qui semble être le maigre fruit des politiques foncières gouvernementales pour combattre le désert et fixer la population hors de la mégalopole.

La gentillesse des Péruviens n'est pas une légende.
Durant le voyage, une dame nous dépanne en mouchoirs et une autre se propose de nous prévenir de notre arrêt.

En effet, la ville de Pisco est située à 6 kms de la route nationale et le chauffeur n'annonce pas le nom des stops. L'arrêt de bus rythme la vie de l'économie locale, ravagée par un séisme de magnitude 8 en 2007.
La reconstruction suit son cours, lent et compliqué.
Nous rejoignons la ville par le plus petit taxi qu'il puisse exister. Le chauffeur réussit le grand exploit de nous charger tous avec nos bagages au complet et nous dépose à l'hôtel San Isidro qui dispose d'une petite piscine et d'une chambre pour 5.

Il fait une chaleur de bête.
Les enfants piquent immédiatement une tête pendant que nous arrangeons avec Kory, représentante d'une agence de tourisme, une excursion maritime pour les îles Ballestas demain matin ainsi que notre départ l'après-midi en bus pour Nazca.
L'efficace et très commerciale Kory me guide en ville au supermarché pour, faire le plein d'eau minérale, de soles, et recupérer de quoi déjeuner.
Elle me montre le rocoto, puis la pomme d'eau et son petit garçon Jésus débusque du maïs violet, celui avec lequel se fabrique la chicha morada.
Elle me conseille de goûter le ceviche de pejerreyes, des délicieux petits poissons à chair blanche détaillée.
Le tour de la place d'Armes est rapide et bien que le centre ville soit modeste, nous circulons en moto-taxi, un tuk-tuk avec une banquette arrière pour deux passagers, où je dois plier mon mètre 60 pour entrer. Cela nous sauve de la cuisson d'un soleil éclatant.

Après avoir profité de la piscine, du baby foot et du billard, nous entamons une promenade à la toute relative fraîcheur de nuit de Pisco.
Nous sommes au coeur des grandes vacances, et les enfants s'adonnent à coeur joie aux traditions du carnaval. Ici la chaleur a engendré une façon originale de le célébrer. Les enfants guettent les passants et les arrosent d'eau.
Les adultes ont sorti les chaises sur le trottoir et observent les rues sombres, avec la télévision en fond sonore ou de la musique latina bombardée vers le voisinage. Il ne semble pas y avoir grand chose à faire dans la bourgade...
Sur la place d'armes, les familles se sont concentrées pour manger une glace ou croquer du poulet frit.
Trois gargottes, deux églises, cinq banques et quelques boutiques tiennent le pavé. Les jeunes se divertissent par des tours de scooter ou des sauts en vtt.
Kory m'a recommandé de sortir sans sac et sans bijou pour ne pas tenter une population dont le salaire minimal est de 700 soles , une somme moindre que nos deux nuits à Lima pour deux chambres...

Pisco a encore une longue reconstruction à opérer avant de retrouver de sa superbe. En y séjournant une nuit, nous faisons un tout petit acte solidaire.



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